observatoire de la guerre en IRAK

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27 octobre 2008

Abou Nidal espion américain ?

Source : The Independent / http://www.independent.co.uk/news/world/middle-east/abu-nidal-notorious-palestinian-mercenary-was-a-us-spy-972812.html

Abou Nidal en 1976

Quelques semaines avant l'invasion de l'Irak, le terroriste palestinien Abou Nidal, actif dans les années 70 et condamné à mort par l'OLP elle-même avait été tué à Bagdad.

Aujourd'hui le quotidien britannique affirme que ce personnage était un espion américain chargé de trouver un lien entre Ben Laden et S. Hussein.

L'information reste à confirmer, mais elle est vraisemblable car à cette époque les USA auraient fait n'importe quoi pour incriminer S. Hussein et Abou NIdal n'avait plus aucune activité politique ou militaire.

L'article dit que le palestinien s'est suicidé après avoir avoué sa mission, la version officielle de 2003 parlait d'une mort causée par les hommes de S. Hussein.

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21 octobre 2007

ORIGINES de l'islamisme violent

Extrait du prochain livre de D. Gorteau, Comprendre la guerre en Irak

Après l’assassinat du fondateur des Frères Musulmans[1] l’islamisme politique égyptien ne disparaît pas, la structure reste sauve et continue son travail de recrutement et d’essaimage malgré la surveillance des autorités, incapables de dissoudre une organisation revendiquant deux millions d’adhérents.

Alors que l’Egypte devient indépendante formellement mais demeure très liée aux intérêts européens, les Frères Musulmans restent une force d’attraction à même de mobiliser des Egyptiens patriotes révoltés par cette situation et la corruption de la cours du roi Farouk.

Prudents et opportunistes les Frères Musulmans ne sont guère décidés à conquérir le pouvoir et préfèrent, comme souvent, développer leurs ramifications dans la société : femmes, étudiants, syndicats, associations plus ou moins sous leur contrôle irriguent la société et les immigrés. Un peu partout dans le monde arabe des militants ou des sympathisants des Frères Musulmans agissent et fondent des partis frères avec des succès variables[2].

Sortis de la guerre de 1948 où ils participent à la lutte anti-sioniste les Frères Musulmans restent généralement non violents et ont plusieurs tendances internes aux prises de positions variées.

Dès le renversement du roi Farouk (1952) par de jeunes officiers les Frères Musulmans soutiennent le nouveau régime jugé plus indépendant de l’Occident. Mais rapidement, le côté modernisateur et pro soviétique de Nasser leur déplait et fâchent plus encore les régimes arabes les plus rétrogrades et pro américains. L’Arabie Saoudite va donc animer la lutte contre les « communistes » du Caire. Dans cet affrontement les Frères Musulmans d’Egypte sont incités à s’opposer au pouvoir de Nasser. Comme fréquemment dans la guerre froide, les mouvements islamo-conservateurs vont mobiliser les foules contre le danger communiste. Dès 1954 le Raïs dissout la confrérie et pousse très loin la répression, il se sent personnellement menacé.

Alors que le président égyptien devient le héros de son peuple et du monde arabe pour ses prises de positions souverainistes et anti-israélienne, les Frères Musulmans traversent une crise interne. Finalement habitués à être malmenés par les autorités leurs dirigeants pensent agir comme à leur habitude : exister et agir derrière des organisations écrans pour renforcer leur influence dans la société sans obligatoirement recourir à des méthodes violentes. Cette prise de pouvoir par la base de la société est facilitée par l’exode rural qui augmente la population des villes de nouveaux habitants pauvres et très réceptifs au conservatisme protecteur de la confrérie.

Certains militants de base, peut-être sous influence saoudienne, ne sont pas décidés à rester une simple société de bienfaisance, ils pensent que seule l’action directe peut aboutir à la création d’un Etat islamique. Cette tendance minoritaire est vite combattue par les dirigeants historiques de la confrérie qui se souviennent comment les actes violents de l’époque de H. al-Banna avaient aboutis à une répression féroce. Les jeunes radicaux se rallient à S. Qutb, un journaliste qui tente une fusion entre wahhabisme et doctrine des Frères. Alliant révolution sociale, recours à la violence et concept du takfir (assassinat des « mauvais musulmans ») cette tendance dite « qutubiste » va vite être en rupture avec la confrérie qui comprend qu’elle a tout à perdre à se lancer dans une lutte à mort avec le pouvoir. En effet, par la suite, quand les islamistes voudront prendre le pouvoir par la force ils échoueront de façon sanglante. Ce sera le cas en Syrie dans les années 1980 et en Algérie dans les années 1990.

Néanmoins les jeunes militants intéressés par les idées de S. Qutb vont petit à petit constituer des cellules clandestines et s’armer en restant dans l’organisation mère puis dans des groupes autonomes.

L’idée de takfir est une nouveauté intellectuelle qui permettra aux islamistes de franchir le pas de la violence politique, voir de la violence aveugle. Or, comme la violence ne suffit pas à prendre le pouvoir, le takfir servira plus tard de transition vers le terrorisme.

Arrêté et pendu en 1966 pour avoir coopéré à une prétendue tentative d’assassinat contre Nasser S. Qutb est à le fondateur théorique de l’islamisme terroriste qui est donc une dérive extrémiste des Frères Musulmans fusionné avec le wahhabisme saoudien. Dérive que condamnera toujours la confrérie.

A la fin des années 1970 l’islamisme se divise.

Une série de petits groupes activistes vont quitter et être condamnés par les Frères plus que jamais méfiants vis-à-vis de la lutte armée.

En Algérie un premier maquis islamiste est liquidé en 1982 et dès l’essor du FIS les Frères Musulmans locaux ne s’associeront ni au FIS ni à ses maquis. Encore aujourd’hui les Frères algériens sont des partenaires dociles du régime militaro-autoritaire.

En Egypte, le successeur de Nasser, A. el-Sadate, est plus tolérant vis-à-vis des Frères Musulmans, il les laisse agir pour contrer dans la société et dans la rue les organisations d’extrême gauche, Sadate rallie en effet le camp des Etats-Unis dans la guerre froide. La même politique est suivie dans de nombreux pays arabes comme le Maroc : instrumentalisation des islamistes à l’intérieur et virage pro américain à l’extérieur. Dans les années 70 ces deux orientations vont de paire.

Mais les groupes « qutubistes » clandestins infiltrent l’armée et assassinent Sadate en 1981. Dès lors, malgré la répression aveugle qui s’en suit, des dizaines de groupes armés islamistes survivent et partent combattre en Afghanistan avec l’argent saoudien et les armes des Etats-Unis. Malgré le caractère incontrôlable de ces groupes armés, le « monde libre » d’alors préfère les laisser faire afin de combattre le marxisme dans le tiers-monde et les Soviétiques en Afghanistan.

Toutes les années 1980 voient se développer une ambiguïté des pays occidentaux vis-à-vis de cette nébuleuse qui accumule savoir-faire militaire en Afghanistan, sympathies populaires dans le monde arabe et argent des monarchies pétrolières du Golfe.

L’Occident en général et les Etats-Unis en particulier négligent le côté anti-occidental de ces groupes pour mieux les utiliser comme supplétifs de l’OTAN contre l’URSS. Alors que S. Hussein combat l’Iran pour le compte des Occidentaux, les islamistes armés font la même chose contre Brejnev.

L’islamisme se divise donc radicalement durant les années 70-80 : les réseaux des Frères Musulmans se structurent en organisations de masse voir en parti politique non violents. Plus ou moins tolérés ou encouragés par les régimes arabes ils encadrent la société et contrent la gauche sur le terrain social. Les groupes plus radicaux, eux, sont en Afghanistan en train de lutter contre l’invasion soviétique. La nébuleuse des Frères Musulmans alimente les groupes violents en militants en manque d’action. Sorti de l’assassinat de Sadate, les Frères Musulmans comme les islamistes armés ont finalement le même ennemi : l’athéisme marxiste à l’intérieur et l’URSS à l’extérieur. Dans ce contexte de guerre froide l’islamisme est un allié de poids des Etats-Unis. L’Arabie Saoudite et le Pakistan servent de relais à l’aide occidentale qui se chiffre en millions de dollars.

Raison de plus pour encourager l’islamisme : contrer la révolution iranienne.

La révolution iranienne est plus chiite qu’islamiste. Elle représente une menace pour l’islam sunnite en général et wahhabite en particulier. Les islamistes du Moyen-Orient sont donc aussi de farouches adversaires des « hérétiques » chiites. Là aussi Washington et les islamistes sunnites ont le même adversaire…

Rappelons qu’Israël tentera la même chose vis-à-vis des Frères Musulmans palestiniens. Pour contrer la puissante OLP les israéliens permettront au Hamas de se constituer le plus légalement du monde en 1987.

C’est la fin du bloc de l’est qui va poser la question de l’islamisme.

Alors que ces groupes radicaux se considèrent comme les vainqueurs de l’empire soviétique, ils reviennent dans leurs pays respectifs et commencent à se retourner contre leurs anciens alliés.

Dans la décennie 1980 le monde arabe ne s’est pas développé, il s’est même appauvri et les villes se sont peuplées de ruraux misérables. La tension sociale est extrême. Le problème palestinien demeure une monumentale injustice.

L’invasion du Koweït par l’Irak en 1990 va mettre en porte-à-faux ces organisations. Certaines vont rester en Afghanistan pour participer à la guerre entre ex résistants aux Soviétiques, d’autres vont soutenir l’Arabie Saoudite qui se juge menacée, mais la base, elle, va plutôt pencher du côté de S. Hussein esquissant un premier rapprochement entre nationalisme arabe et islamisme.

Le FIS en Algérie va finir par soutenir la guerre contre l’Irak en échange de subsides saoudiens, mais la population et les militants vont considérer que les Etats-Unis sont un agresseur à combattre. C’est la conclusion de O. Ben Laden qui après avoir proposé aux Saoudiens l’aide de ses troupes contre l’Irak va militer contre la présence américaine en Arabie.

Petit à petit les islamistes du monde entier vont basculer dans l’opposition aux Etats-Unis qui vont persister dans leur rôle d’allié n°1 d’Israël et de pays agressif et injuste. Tout l’Occident va subir l’opprobre de ses anciens alliés objectifs : en Algérie les groupes armés issus du FIS s’en prennent aux Français et tentent même de porter la guerre dans l’hexagone. En Egypte des groupes armés visent des touristes et en massacrent plus de cinquante en 1997. Si ces groupes armés finissent par être infiltrés puis liquidés par les autorités, des groupes plus petits encore se constituent et se préparent à des actions spectaculaires. O. Ben Laden aidé de militants du monde entier (dont l’égyptien A. Zawahiri) amalgame ces nouveaux militants qui sont les rescapés des maquis du monde arabe. La lutte se réorganise avec de nouveaux modes opératoires : l’attentat suicide fomentés par des inconnus voir des étrangers. Ainsi, des va et viens se multiplient entre le monde arabe et l’Afghanistan qui, avec l’aide des Talibans, sert de base à Ben Laden et ses hommes.

Reste que si les islamistes sont de plus en plus incontrôlables, une partie des stratèges américains recommande la prudence vis-à-vis d’eux. Si l’URSS a sombré au début des années 90, les Etats-Unis ne manquent pas d’adversaires. Contre l’Iran chiite ou contre l’influence de la Russie en Asie centrale, les groupes islamistes (ou « djihadistes » selon leur propre dénomination) peuvent rester utiles. Ainsi les Etats-Unis vont-ils toujours être très tolérants avec les dirigeants algériens du FIS. L’attentat dans les sous-sols du World Trade Center en 1993 ne semble pas changer cette stratégie qui préfère laisser certains groupes combattre les adversaires des Américains. Ainsi en Afghanistan les Américains tentent officiellement de négocier avec les Talibans pour le passage d’un oléoduc et jusqu’en 2001 des contacts demeureront réguliers. Leur négociateur est un ancien résistant anti-soviétique, cadre haut placé dans une société pétrolière, H. Karzaï… Les négociations échouent de justesse.

Il est difficile de savoir jusqu’à quand les services secrets américains ont eu des contacts avec des groupes djihadistes. Jusqu’aux attentats anti-américains de 1998 quand des islamistes font exploser les ambassades américaines en Tanzanie et au Kenya ? Après le 11 septembre 2001 ? Plus tard[3] ?

A la veille du 11 septembre 2001 l’islamisme s’est « spécialisé » :

Les organisations légales et populaires encadrent la population avec des organisations de masse. Les pouvoirs politiques en place tolèrent une minorité d’élus islamistes et leur laisse le champ libre dans la société à condition qu’ils n’aient aucune revendication politique audacieuse.

Les maquis islamistes qui ont éclos dans les années 80-90 en rupture avec la stratégie légaliste des Frères Musulmans ont disparus sauf quelques bandes marginales[4].

Pour poursuivre le combat contre l’Occident et les régimes arabes il reste les groupes djihadistes formés par Ben Laden et se revendiquant de lui. Au mépris de la vie des civils et de leurs propres militants ils visent indistinctement les infrastructures pétrolières (Arabie Saoudite), des lieux touristiques (Egypte) ou encore des soldats occidentaux (Irak, Afghanistan…).

On peut considérer que tous ces groupes poursuivent le même but : purifier le monde arabe de l’occidentalisation et rejeter l’influence internationale des Etats-Unis. Faut-il pour autant amalgamer les Frères Musulmans et les groupes djihadistes ? Certains le font en utilisant un discours digne de la théorie du complot.

La réalité est plus subtile. Comme les groupes d’extrême gauche jadis, la cohérence entre les islamistes n’est qu’apparente. La matrice intellectuelle commune est finalement très limitée.

Sans vraie stratégie mondiale les Frères Musulmans s’adaptent aux pays où ils sont implantés. Récemment ils ont investis les parlements marocains et égyptiens sans contester les bourrages d’urnes des autorités. Une fois élus ils ne font pas vraiment d’opposition, ils participent aux affaires sans faire de bruit comme en Jordanie. Le Parti de la Justice et du Développement (PJD) marocain a même voté la réforme du code de la famille qui modernise la condition juridique de la femme. En Turquie les islamistes modérés au pouvoir veulent s’intégrer à l’Europe et n’ont rien contre l’OTAN ou Israël... Il est avéré que ces partis sont populaires dans les suffrages, mais très élitistes dans leur direction. Comme les monarchistes d’Europe au XIX°s ils se modèrent au fur et à mesure qu’ils participent au pouvoir et à ses prébendes.

Les groupes djihadistes sont en réalité aux antipodes des Frères Musulmans : violents, déterritorialisés, utilisant l’attentat suicide ils rejettent la modernité sans nuance. Mais, sorti d’opérations spectaculaires et donc limitées ils sont impuissants à prendre le pouvoir. Contre la prudence coutumière des Frères Musulmans ils ont tentés de prendre les armes pour prétendument imiter le prophète  mais ont toujours échoués lamentablement.

Si Ben Laden (objectivement malade et traqué) jouit d’une certaine popularité, force est de constater que c’est une réaction de la rue arabe aux crimes israéliens ou américains. Quand ses partisans frappent des civils innocents, la popularité de ces « robins des bois » sanglants s’effondre comme à la suite des attentats de Zarkaoui en Jordanie qui ont visé des mariages en novembre 2005[5].

L’invasion de l’Irak aura donc donné un second souffle à un courant radical qui ne survivrait pas en cas de règlements justes des problèmes du Proche-Orient.

Alors que S. Hussein était un rempart efficace contre l’Iran et le djihadisme, voilà que le chaos consécutif à l’invasion a transformé l’Irak en nids de terroristes wahhabites soutenus par certains chefs saoudiens et tolérés par peur du chiisme…

Même si les Américains réalisent un peu tard leur erreur en proposant des armes à certains Sunnites contre al-Qaïda en Irak leur soutien systématique à Israël et leur obstination à rester aux pieds des puits de pétrole arabes ne peuvent que galvaniser la folie furieuse des milliers de Zarkaoui créés par leur politique. 


[1] Assassiné en 1949 très vraisemblablement par la police alors qu’un Frère Musulman avait tué le chef du gouvernement.

[2] Si le Maghreb reste peu touché par cet essaimage, la Jordanie, la Syrie ou encore l’Irak se montrent réceptives aux « frères »

[3] le journaliste allemand J. Elasser dans son livre « comment le Djihad est arrivé en Europe » avance la thèse de contacts encore réguliers entre services US et groupes djihadistes. Cette tolérance intéressée aurait permis à ces groupes d’agir facilement.

[4] Comme le GSPC en Algérie, seul survivant des maquis issus du FIS (non lié aux Frères Musulmans) et soupçonné d’être manipulé.

[5] Son groupe tentera de se justifier en affirmant avoir visé des diplomates occidentaux.

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Aux origines de l'islamisme

Extrait du prochain livre de D. Gorteau, Comprendre la guerre en Irak.

L’islamisme comme idéologie politique n’a pas un siècle.

En effet, la première organisation à utiliser des références religieuses à but politique a été inventée par Hassan Al-Banna en 1929 en Egypte, il s’agit de la confrérie des Frères Musulmans qui reste aujourd’hui la première organisation islamiste du monde avec des ramifications dans de nombreux pays.

La création des « Frères » correspond dans l’Egypte des années 30 à la situation de pas mal de pays musulmans du XX°s : l’Egypte est alors colonisée et dominée par l’empire britannique, seule une mince élite se modernise, la grande masse de la population est profondément misérable et l’humiliation de la population est quotidienne.

Dans cette ambiance délétère l’Islam apparaît comme un élément culturel fréquemment manipulé par les colonialistes.

Or, de jeunes intellectuels influencés et impressionnés par la modernité occidentale vont utiliser des références islamiques pour tenter de moderniser leur région sans pour autant l’occidentaliser.

Depuis le XIX°s des penseurs et des intellectuels musulmans sortent l’islam de son rôle religieux pour en faire un outil de renaissance culturelle, un réservoir de valeurs et de références qui, tout en accompagnant la modernisation de la région, fournirait un habillage politique et idéologique non occidental. Car ceux qui pactisent avec les colonialistes sont avant tout une petite élite de type compradore faible avec les Européens et dure avec la population autochtone.

Amalgamant tous les exclus de la modernisation coloniale (des petits boutiquiers aux masses déshéritées) les Frères Musulmans vont être la principale force d’opposition politique défendant généralement l’indépendance nationale et la justice sociale. En tout cas en principe, car dans la réalité Hassan al-Banna va souvent changer de tactique et d’avis. Hésitant sur l’attitude à adopter vis-à-vis des Britanniques il laissera certains de ses militants recourir à la violence tout en acceptant des contacts avec les Anglais… Dès les origines les pratiques politiques des Frères sont ambiguës. Encore aujourd’hui la violence n’est pas rejetée catégoriquement mais semble utilisée uniquement en cas de nécessité car les pouvoirs politiques qui se sont opposé à eux ont toujours profité des actes violents de certains militants pour réprimer la confrérie dans son ensemble.

La confrérie se caractérise donc dès sa fondation par un certain flou sur ses méthodes et sur ses objectifs. Selon les périodes et les pays les islamistes ne sont jamais vraiment certains de vouloir exercer le pouvoir politique et sont opportunistes sur les moyens à employer. En même temps ce manque de cohérence apparent les rend souples et aptes à s’adapter à toutes les situations. La seule chose qui n’a jamais varié chez eux est le thème de « l’islamisation de la société » : pas de solutions possibles aux problèmes des Musulmans sans retour à un islam pur. Ils promeuvent autant que possible un islam strict mais qui ne serait pas non plus un frein à la modernisation du monde musulman. Ainsi sur la place de la femme dans la société les Frères Musulmans promeuvent évidemment le rôle de mère de famille, mais acceptent aussi une participation à l’espace public, ils ont créé l’organisation des « sœurs musulmanes » chargée de mobiliser et éduquer les musulmanes. Ainsi contrairement au wahhabisme saoudien les Frères Musulmans ne sont pas hostiles au droit de vote des femmes, ni au travail salarié féminin. Même tolérance apparente vis-à-vis des arabes non musulmans.

Cherchant à réformer une civilisation islamique stagnante, révoltés par l’exploitation coloniale et soucieux de régénérer l’islam des origines, les Frères Musulmans ont réussi partiellement à utiliser l’islam pour apparaître comme des modèles quotidiens à suivre. Non associés à des pouvoirs corrompus et incapables ils prêchent l’exemple et agissent concrètement pour soulager les malheurs de leurs concitoyens.

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04 octobre 2007

Les Yésidis et l’attentat du 14 août 2007

Source : G. Munier AFI n° 77 ; fiabilité : élevée.

Les Yésidis et l’attentat du 14 août 2007

            Le 14 août 2007 quatre camions explosent à quelques minutes d’intervalle dans trois gros villages peuplés de Yésidis. Le bilan avoisine les 500 morts et dépasse le millier de blessés. Les victimes sont adeptes d’une religion marginale et mal connue.

            Etrangement l’attaque n’a pas été revendiqué. Pour le gouvernement irakien pro-américain le coupable est Al-Qaïda en Irak. Les services américains avancent même le nom du responsable de cette tuerie, mais sans réellement convaincre d’autant plus que ce prétendu responsable a été abattu…

            D’autres sources accusent le Parastin, les services secrets kurdes qui a une longue histoire de violences envers les non kurdes habitant dans le « Grand Kurdistan » une zone revendiquée par les nationalistes kurdes et qui déborde largement des régions peuplées majoritairement de Kurdes.

            Néanmoins la piste d’extrémistes sunnites reste possible car les Yésidis sont considérés par nombre de Musulmans comme des « adorateurs du Diable », une accusation liée à leur religion pour le moins étonnante.

La religion yésidie est très antérieure à l’Islam, elle serait une survivance du mazdéisme des origines qui refusait la « réforme » de Zoroastre. Considérant Mahomet comme un prophète et donc considérés comme un « peuple du Livre » (protégés par les Musulmans) les Yésidis croient pourtant que Satan a été réhabilité par Dieu. Ils le vénèrent comme un ange parmi d‘autres, d’où l’accusation de satanisme ce qui leur a valu plus de persécutions que de protections… Rappelons que derrière les accusations des Musulmans (ou des Chrétiens) il y a la volonté de prendre des terres.

            Parfois réformé par des personnages emblématiques le yésidisme n’en demeure pas moins une religion très fermée puisqu’en minorité les Yésidis sont obligés de rester endogames pour espérer ne pas être absorbés par leurs voisins. Cela explique l’interdiction absolue faites au Yésidis de changer de religion ou de contracter des mariages mixtes. Concrètement le yésidisme repose sur des livres saints et des interdictions diverses qui les distinguent des autres monothéismes.

            Au nombre d’environ 600 000 les Yésidis d’Irak vivent dans le Djebel Sinjar depuis qu’ils ont été persécutés à l’époque ottomane ainsi que dans le Cheikhan contrôlé par le PDK de M. Barzani.

            Vu leur faible nombre ils ont peu de députés dans les organes installés par les Américains.

            Il existe des communautés Yésidis ailleurs dans la région, mais aussi en Europe.

            Entourés de Sunnites kurdes ou arabes, les Yésidis ont fait parler d’eux quand, en avril 2007, une jeune fille de leur communauté a voulu se marier avec un musulman et donc abandonner sa religion d’origine. Outré les hommes de sa famille l’ont rattrapé et lapidé en public malgré la présence de la police locale. La scène ayant été filmée, certains sunnites ont appelé à la vengeance, une façon comme une autre de s’en prendre à une minorité non sunnite… A la suite de ce meurtre féodal des tracts islamistes ont menacé les Yésidis d’attentats.

            Malgré la condamnation du meurtre par le chef spirituel des Yésidis leur centre culturel a été brûlé par des Kurdes sunnites. De plus, le 22 avril un mini bus est arrêté par des hommes en armes parlant kurde et qui fusillent seulement les Yésidis… Dans les villages yésidis de la région on n’accuse pas les islamistes sunnites, mais bien les services secrets kurdes et le PDK.

            L’attentat du 14 août pourrait donc bien servir les nationalistes kurdes qui terroriseraient là des minorités potentiellement gênantes pour leur projet de « Grand Kurdistan ».

            Plus largement cette zone intéresse aussi potentiellement Israël (grand allié des Kurdes) puisqu’un projet de pipe-line Kirkouk-Haïfa se précise, or, pour sécuriser le passage il faut discipliner les habitants.

            Pour la résistance irakienne les attentats d’août 2007 sont le fait du Mossad. Or, sans aller jusque là il est prouvé que des « hommes d’affaires » israéliens sont de plus en plus actifs dans la région via la Jordanie. Pourquoi ?

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03 octobre 2007

la guerre inter kurde de 1994

extrait du prochain livre de D. Gorteau, Comprendre la guerre en Irak.

La guerre inter-kurde

M. Barzani et J. Talabani

            Après la guerre de 1991 le Kurdistan est de facto autonome, les chefs kurdes sont protégés par les Américains et voient une issue à leur rébellion vieille d’un demi-siècle.

            En attendant la chute de S. Hussein, but déclaré de l’embargo contre l’Irak, le PDK et l’UPK vont gérer le nord de l’Irak. Malgré le soutien américain les deux partis restent prisonniers de leur féodalisme et de leur histoire. En effet les deux composantes du nationalisme kurde ont, à un moment ou à un autre, composé avec Bagdad et/ou avec les pays voisins contre l’Irak…

            En 1992 des élections donnent une égalité presque parfaite aux deux partis qui se partagent le nord du Kurdistan à la fois surveillés par les pays voisins qui voient d’un mauvais œil l’émergence d’une entité kurde et protégés par les Etats-Unis.

            Mais assez vite les deux partenaires se disputent de plus en plus ouvertement les bénéfices du trafic transfrontalier. Le PDK s’impose sur la frontière turque et en perçoit des revenus assez importants, par contre, l’UPK cantonné sur la frontière iranienne jalouse les ressources du PDK.

            En mai 1994 les premiers affrontements ont lieu entre PDK et UPK qui occupe la « capitale » kurde Erbil. Des milliers de Pasdarans iraniens passent la frontière avec l’accord de J. Talabani, chef de l’UPK.

En 1996 sur le point de perdre complètement la partie le PDK appelle à l’aide… S. Hussein ! Qui s’empresse d’intervenir pour reprendre pied dans le nord. En 1996 l’UPK réussit à reconquérir ses positions de 1994, un cessez-le-feu intervient peu après. Trêve finalisée en accord en 1998 par les Etats-Unis.

            Ainsi, même si le nationalisme kurde a une certaine légitimité il est évident que ses différentes factions sont avant tout obnubilées par le pouvoir et trahissent régulièrement leur idéal. Notons que lors de cette guerre inter-kurde des méthodes terroristes ont été employées comme l’attentat aveugle dans les villes de l’autre camp…

Cette guerre aura causé la mort de plusieurs milliers de personnes et de déplacement de dizaines de milliers d’autres…

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30 septembre 2007

Les Yésidis

Source : G. Munier / http://gmunier.blogspot.com/ ; fiabilité : élevée

Histoire des Yésidis et enquête sur l'attentat du 14 août 2007.

Un texte d'une grande qualité historique.

Le 14 août 2007, quatre camions-citernes ont explosé à quelques minutes de distance à Qahtaniya, Al-Jazeera et Tell Uzair, gros villages situés au nord ouest de l’Irak, dans le district de Sinjar, près de la frontière avec la Syrie. Les déflagrations ont fait près de 500 morts et plus d’un millier de blessés, en majorité des Yézidis, adeptes d’une religion les plus anciennes de l’humanité. 

Ces attentats, les plus meurtriers depuis le 11 septembre à New York, n’ont pas été revendiqués. Comme ceux qui visaient Tell Afar le 27 mars dernier – 152 morts, 347 blessés -  et le village turcoman d’Amirli le 7 juillet – 140 morts, plus de 250 blessés - l’ « Etat islamique en Irak » – regroupement comprenant Al-Qaïda en Irak (AQI) – a aussitôt été accusé du massacre par les Américains et Nouri Al-Maliki, « Premier-ministre » irakien.

Selon l’armée US, le cerveau des attentats anti-yézidis serait un certain Abou Mohammad Al-Afri, présenté comme un proche d’Abou Ayyoud al-Masri, le chef d’AQI. Mais beaucoup de gens dans le Sinjar pensent qu’il s’agit d’une provocation du Parastin, le terrible service secret kurde. De toutes manières, l’accusé ne parlera pas. Il a été tué le 3 septembre dans un bombardement US. En Irak, c’est toujours ce qui arrive au suspect désigné après des attentats d’origine controversée.

La suite disponible sur http://gmunier.blogspot.com/

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26 septembre 2007

Histoire du Koweït

Le Koweït, pièce du jeu américain

extrait du prochain livre de D. Gorteau, Comprendre la guerre en Irak.

            Chacun se souvient de l’invasion du Koweït par l’Irak le 2 août 1990. La propagande anti-irakienne visant à justifier la guerre a masqué l’histoire de ce minuscule Etat qui, avec l’Iran, restreint largement l’accès à la mer de l’Irak.

            Comme tous les Etats de la région, la naissance officielle du Koweït est liée aux manœuvres franco-britanniques dans la région à la fin de la première guerre mondiale. Suite aux accords entre Paris et Londres sur le démantèlement de l’empire ottoman, le jeune Koweït devient un élément du système britannique dans la région.

            Mais avant la première guerre mondiale l’émirat était déjà sous la domination de Londres. En effet, dès 1899 l’émir local se place sous la protection officielle de la Compagnie des Indes, l’instrument de l’empire britannique. A cette époque le Koweït est rattaché à l’Irak, espace lui-même contrôlé par les Turcs. Pour échapper à cette tutelle à la fois lointaine et pesante la dynastie régnante à Koweït ville s’allie aux Européens. En 1913 une convention anglo-turque reconnaît même cette « protection » de Londres. La défaite de l’empire ottoman ne peut que finaliser ce projet d’intégration du Koweït à l’empire britannique.

            Dans les années 1920 la jeune Arabie Saoudite tente de le conquérir, mais le « protecteur » empêche la manœuvre d’autant plus vite qu’on soupçonne la présence d’importantes réserves de pétrole, élément sans grand intérêt pour les populations locales, mais source d’énergie indispensable à l’Occident.

            En 1938 les premiers puits de pétrole sont découverts et à partir de 1946 une compagnie américaine les exploite à grande échelle.

            Pour l’Irak qui s’achemine vers l’indépendance à cette période le Koweït reste une province irakienne que les Britanniques ont arraché à l’Irak dans le but de diviser l’empire ottoman avant d’amputer l’Irak d’une province riche de 10 % des réserves mondiales de pétrole (soit l’équivalent de l’Irak).

            De plus, garder un Koweït séparé du reste de l’Irak permettait aux Britanniques de diviser un Irak potentiellement puissant. De plus, les frontières mêmes du Koweït limitaient l’accès à la mer de l’Irak, c’était un autre moyen de pression. Les nationalistes irakiens de Kassem à S. Hussein n’auront de cesse de revendiquer ce territoire où règne le même système tribalo-féodal qu’en Arabie Saoudite.

            Imposées par décret impérial britannique, les frontières entre l’Irak, l’Arabie Saoudite et le Koweït seront contestées par l’Irak jusqu’à l’invasion de 1990.

            En 1961 Londres daigne accorder l’indépendance à l’émirat qui reste plus que jamais un pion pro occidental dans la région. En 1963 un accord avec l’Arabie Saoudite partage les revenus pétroliers de la zone contestée dite « zone neutre ».

            Suite aux chocs pétroliers le Koweït suit le mouvement de l’Arabie Saoudite : l’enrichissement considérable et fulgurant du pays entraîne une modernisation apparente du pays qui achète massivement des produits industriels occidentaux tout en s’alignant sur Riyad pour la politique étrangère, c’est à dire en soutenant l’Irak contre l’Iran révolutionnaire à partir de 1980. Tout comme sa voisine le Koweït redoute par dessus tout un soulèvement de sa minorité chiite brimée par un émirat sunnite orthodoxe. Dans les années 1980 des attentats revendiqués par des organisations chiites peut-être soutenues par Téhéran entraîne l’expulsions de milliers de koweïtiens chiites.

            En 1986, agacé par un parlement aux pouvoirs pourtant très restreins l’émir Jaber al-Ahmad al-Sabbah dissout l’assemblée et gouverne par décrets.

            Après la fin de la guerre entre Bagdad et Téhéran le Koweït revient à une indifférence agressive vis-à-vis de l’Irak. En effet le Koweït refuse d’annuler les dettes de guerre contractées par les Irakiens tant que Bagdad refusera de reconnaître les frontières imposées par les Britanniques. De plus le pays dépasse notoirement ses quotas de production pétrolière ce qui entraîne une baisse des prix du pétrole et handicape la reconstruction de l’Irak. Pour finir, l’Irak accuse le Koweït de forer sous la frontière.

            Convaincu de la mauvaise foi de l’émirat, espérant la neutralité de Washington et pensant que l’URSS soutiendrait ce coup de force S. Hussein envahit le Koweït sans difficulté et annexa le pays en tant que « 19° province » de l’Irak.

            Sur place la résistance existe, mais reste faible, des milliers de koweïtiens ont fuit à l’étranger et sur place les centaines de milliers de travailleurs arabes (60 % de la population) se trouvent à la fois sans travail à cause de l’embargo de l’ONU mais aussi libérés d’un système quasi-esclavagiste. Sur place des groupes palestiniens[1] aident même l’armée irakienne.

            En janvier et février 1991 la coalition menée par les Etats-Unis libèrent le pays de l’armée irakienne et restaure le régime de l’émir Jaber qui ne se presse nullement de démocratiser son régime. Des milliers de Palestiniens collectivement accusés d’avoir collaboré avec l’occupant sont expulsés[2].

            Depuis 1991 le Koweït est le pays de la région le plus proche des Américains, il servira de base pour l’invasion de l’Irak en 2003.

            En 1992, une commission de l’ONU très influencée par les Etats-Unis rectifient la frontière irako-koweïtienne en faveur de l’émirat. Une façon de pousser l’Irak à la faute, mais dans les années 1990 S. Hussein reconnaîtra cette nouvelle frontière malgré son caractère inique.

            Sur le plan intérieur le vieil émir finit par accepter l’élection d’une nouvelle assemblée élue par moins de 15 % des habitants puisque pour voter il faut être un homme koweïtien depuis au moins 20 ans et ne pas travailler dans la police ou l’armée... En 2005 les Femmes obtiennent néanmoins le droit de vote ce qui ne change rien aux rapports de forces politiques.

            Ce parlement sans réels pouvoirs tente tout de même d’encadrer à défaut de réduire les pouvoirs de l’émir : libéraux, islamistes et élus chiites obtiennent peu de choses.

            En janvier 2006 l’émir Jaber décède à l’âge de 77 ans et est remplacé par son cousin de 75 ans.

            Création de l’empire britannique puis allié des Etats-Unis dans la région le Koweït est à l’image de l’Arabie Saoudite coincé entre ses réserves pétrolières qui le lient à l’Occident et le caractère illégitime de l’Etat géré par un clan féodal adversaire de tout progrès tant vis-à-vis de sa population que vis-à-vis de sa main d’œuvre étrangère.


[1] C’est le cas du FLP (Front de Libération de la Palestine) de Abbou Abbas, arrêté et tué par les Américains à Bagdad en 2003.

[2] De même des Jordaniens sont expulsés malgré les protestations des organisations de défense des Droits de l’Homme complètement oubliées après leur dénonciation de la dictature de S. Hussein après l’invasion du Koweït...

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11 septembre 2007

Histoire de l'Irak jusqu'en 1991

Extrait du prochain livre de D. Gorteau, Comprendre la guerre en Irak

L’intégration à l’empire ottoman

            Si la ville de Bagdad est fondée en 762 après J-C, par les Abbassides il n’est pas possible de parler d’Etat irakien avant le XIX°s.

En effet, avant cette période l’Irak n’est qu’une province aux limites vagues des empires islamiques qui contrôlent la région au Moyen Age. En 1409 Tamerlan ruine la région, pille Bagdad c’est la fin de la grande cité du Moyen Age islamique.

            Il faut attendre le XVI°s pour que la région se retrouve au cœur d’une rivalité entre deux empires. A l’est on a l’empire perse et à l’ouest l’empire ottoman alors en plein développement. En 1534 Soliman le Magnifique investit la zone avant la Perse : l’espace qui deviendra l’Irak est alors perçu comme une marche de l’empire.

En 1638 l’ex Mésopotamie est intégrée à l’empire turc, mais les Ottomans sunnites et les Perses chiites vont entamer une lutte sourde pour contrôler la région des deux fleuves.

A partir de 1749 les Mamelouks gouvernent la zone pour le compte des Turcs.

En 1707 un gouverneur turc s’installe à Bagdad avec l’accord du chef mamelouk local.

            En 1831, les Turcs prennent le contrôle direct de la région. Ce qui deviendra l’Irak est alors partagé en trois districts qui correspondent aux grandes villes : Mossoul au nord, Bagdad au centre et Bassora au sud.

            Les Turcs gèrent cette région comme ils gèrent le reste de leur empire : un gouverneur, une garnison et une administration fiscale imposent à la fois relative stabilité mais aussi pression fiscale plus ou moins bien vécue par les habitants.

            La population locale a un mode de vie rural. Les villes sont très modestes et les gens ont d’abord des références locales. L’économie est largement autarcique. Dans les campagnes on produit pour soit, un peu pour la bourgade proche et rarement pour ailleurs. Peu alphabétisés, souffrant de tous les maux des sociétés pré modernes les irakiens subissent un temps où rien ne change.

La montée en puissance des Occidentaux

            A partir du milieu du XIX°s, les grands Etats européens commencent à pénétrer le Proche-Orient : Anglais, Allemands et Français s’implantent dans la région par l’intermédiaire de grandes sociétés commerciales capitalistes.

L’empire ottoman laisse ces compagnies modernes apporter des éléments de modernisation qui manquent alors cruellement. En effet, seuls la technologie occidentale est à même de percer le canal de Suez même si la main d’œuvre est locale[1]. De plus, ces nouveaux venus vont stipendier les chefs locaux afin de faciliter leurs affaires. Les dirigeants de l’empire ottoman vont prendre goût au luxe et au lucre proposé par les Occidentaux.

De plus, partout où l’empire connaît des difficultés intérieures des Etats européens se pressent d’intervenir sous prétexte de défendre des minorités. Depuis cette date la question des « droits de l’Homme » est une arme des pays occidentaux pour intervenir dans les pays faibles.

Face à cette influence multiforme des Européens dans l’empire les élites se divisent en deux tendances : les cadres locaux non musulmans empruntent aux Européens le principe des nationalités et commencent à développer l’idée de pays séparés de l’empire. Ces velléités radicalisèrent certains penseurs musulmans. Cela allait rendre possible le génocide arménien quand, saigné par la guerre, l’empire voit ses minorités non plus comme des protégés soumis mais comme des ennemis de l’intérieur… Les élites se divisèrent entre réformateurs et conservateurs, les uns et les autres se proclamant seuls à même de sauver l’empire.

Les Britanniques voient dans l’Irak un carrefour stratégique qui peut ouvrir ou fermer la route de leur empire des Indes.

Dès la fin du XIX°s les Chiites d’Irak s’opposent non seulement aux pouvoirs locaux sunnites mais aussi à la pénétration des Occidentaux. En 1891 les chefs religieux chiites interdisent aux fidèles de consommer du tabac car son commerce est aux mains des Britanniques.

Face au conservatisme des Ottomans les chiites militent pour des réformes et soutiennent les réformateurs iraniens[2] ou turcs[3].

            Mais cette opposition n’empêche pas les Occidentaux d’investirent dans la régions : les Anglais fondent une société de transport sur le Tigre et les Allemands investissent dans les chemins de fer. Des accords sont passés entre les tribus locales et les Européens afin de sécuriser leur implantation et pérenniser les bénéfices.

Fin de l’empire ottoman, monarchie fantoche et main mise britannique

En 1914, les Turcs s’allient aux Allemands. Dès 1914, les Britanniques débarquent dans le port de Fao dans l’extrême sud de l’Irak. Dans la péninsule arabique les manœuvres du colonel Lawrence soulèvent les tribus arabes contre les Turcs déjà affaiblis par de multiples dissidences internes[4].

En Irak nul ne soutient cette invasion : les Chiites majoritaires dans le sud du pays se liguent contre les envahisseurs réalisant qu’ils veulent généraliser leur contrôle du pays. Tous les chefs chiites appellent à la résistance armée et les Britanniques doivent employer les grands moyens notamment des gaz de combat.

Il faudra attendre mars 1917 pour que les Britanniques investissent Bagdad après avoir eut presque 100 000 morts parmi leurs troupes.

Mais cette victoire reste très précaire. Dès 1918 une révolte soulève la ville de Nadjaf, pour l’exemple les Britanniques pendent plusieurs notables en place publique. Les Chiites demandent alors le soutien du président américain Wilson qui milite alors pour le « droit des peuples à disposer d’eux-mêmes ».

Malgré la bonne volonté des Etats-Unis acteur totalement nouveau dans la région les Britanniques et leur allié français décident de garder un contrôle très strict sur toute la région.

            En 1916 Français et Britanniques préparent le partage des restes de l’empire ottoman, partage officialisé en 1920 (accords Sykes-Picot) où la région est cassée en quatre zones de contrôle direct et indirect. L’Irak passe sous contrôle britannique à l’exception du kurdistan qui sera intégré en 1925.

Le partage du Proche-Orient entre Français et Britanniques en 1920

            Malgré l’opposition violente ou passive d’une grande partie de la population les Britanniques souhaitent s’installer durablement dans la région où on espère trouver du pétrole. Une nouvelle révolte débute en 1920 quand le partage est officialisé c’est la « révolution de 1920 » qui enflamme tout le sud du pays.

            En 1918-19 les Britanniques décident d’installer un régime à leurs bottes afin de rester plus facilement et plus longtemps en Irak, ils décident d’installer un monarchie parlementaire avec Fayçal[5] comme roi. Il devient Fayçal I er  suite à une « consultation » électorale où les Irakiens acceptent le nouveau souverain. Mais les Britanniques ont forcés les électeurs à accepter leur proposition. Les Chiites favorables à une indépendance pure et simple se sont massivement abstenus et n’ont accepté le nouveau roi qu’en lui faisant promettre de préparer l’indépendance. Derrière une apparence d’autonomie (ministres irakiens) le régime reste contrôlé par les Britanniques puisque en 1922 l’Irak devient un protectorat avec une administration britannique, des lois extraterritoriales, des bases de la RAF et aussi un droit de veto de l’ambassade britannique sur des décisions politiques du roi.

Les Chiites, encore sous le choc de la révolte ratée de 1920 poursuivent néanmoins leur opposition. Leur chef Madhi al Khalisi est exilé pour avoir refusé les élections, il se réfugie en Iran. Une assemblée est élue et se met au service des Britanniques en acceptant le traité de protectorat. De plus cette assemblée élabore un code de la nationalité qui exclue un bon nombre de chiites de la citoyenneté irakienne en conditionnant « l’irakité » au sunnisme et aux archives de l’empire ottoman. C’est la volonté des gens qui gravitent autour du roi : ils souhaitent garder un semblant de pouvoir comme à l’époque turque. De même les Britanniques redoutent les Chiites et préfèrent les exclure du semblant de démocratie qu’ils installent.

            En 1925 à la demande des Britanniques et contre l’avis de la SDN la zone kurde de Mossoul est rattachée à l’Irak. Il s’agit pour Londres de surveiller cette zone où on espère trouver du pétrole. Cela entraîne l’insoumission des Kurdes, en 1923 leur chef Barzani part en exil.

            Les années 30 voient la situation se perpétuer entre révoltes des citoyens opposés à la main mise britannique et les partisans de la monarchie qui profitent de leur alliance avec les occupants. En 1930 un traité « d’alliance » remplace le protectorat, deux ans plus tard l’Irak devient indépendant mais Londres garde la haute main sur le pays.

            Au niveau social des milliers d’irakiens pauvres quittent les campagnes pour aller grossir les villes. Généralement chiites, ces gens quittent des campagnes féodales où les Britanniques encouragent les grands propriétaires terriens[6]. Exclus de tous les postes administratifs les Chiites investissent dans le commerce avec un certain succès.

            De 1933 à 1939 le fils de Fayçal I° règne suite à la mort de son père. Soupsonné d’être plus favorables aux Allemands qu’aux Britanniques il meurt dans un accident de voiture. Toujours aussi fragile le pouvoir est secoué par plusieurs coups d’Etat. L’armée est divisée entre partisans de l’alliance avec Londres et des courants nationalistes qui regardent vers l’Allemagne non  par sympathies nazies mais par volonté de rejeter la domination des Britanniques.

            En 1936 et en 1940 les Britanniques interviennent directement pour chasser des militaires favorables aux Allemands, ils imposent Nouri Saïd, leur homme.

L’essor du nationalisme irakien et la chute de la monarchie

            La fin de la seconde guerre mondiale voit le nationalisme irakien se renforcer. Seule la victoire des alliés a donné un sursit aux Britanniques plus que jamais critiqués. En 1948 et 1952 deux révoltes secouent l’Irak dont une au Kurdistan où Mustapha Barzani tente de prendre le contrôle de la région. C’est un échec il part en URSS où il fonde en 1947 le Parti Démocratique du Kurdistan (PDK), le premier et principal parti kurde d’Irak.

            A la suite du Parti Communiste Irakien (fondé en 1934) le parti Baas se constitue en Irak en 1951. Ces deux partis vont animer la lutte finale contre la monarchie et Londres.

            En 1955 le pacte de Bagdad associe plusieurs Etats de la région aux Américains contre l’URSS, à partir de cette date ce ne sont plus les Français et les Britanniques qui vont dominer la région, mais les Etats-Unis.

            En juillet 1958, un groupe d’officiers « libres » renversent la monarchie en Irak et parvient à se maintenir au pouvoir. La population de toutes origines saluent la fin d’un système basé sur le colonialisme et le détournement des revenus du pétrole.

La période Kassem (1958-1963)

            Le général Kassem s’impose aux autres officiers qui ont imité le coup de Nasser en Egypte. L’armée se retrouve aux affaires en Irak. Elle voulait, à l’époque monarchique, incarner la nation irakienne en construction, mais en réalité elle reflète les divisions du pays : les officiers sont souvent issus de familles sunnites jadis au service des Ottomans, les Chiites ont généralement refusé d’intégrer l’armée (révolte en 1934) et cette armée n’a jamais été tendre avec les insoumis qu’ils soient chiites, kurdes ou même yésidis.

            Elle ne repose donc que sur quelques personnalités rivales et surtout très majoritairement sunnites et sans aucune volonté de partager ou réformer le pouvoir.

            Si la monarchie et les Britanniques ont finit par faire l’unanimité contre eux, l’armée est avant tout l’héritière de cette monarchie. Moderne et progressiste en apparence, elle se révèle divisée et élitiste en réalité.

            Le général Kassem impose un pouvoir personnel. Il s’appui sur les Kurdes du PDK et le PCI qui le soutiennent avant de faire machine arrière. En effet, le PCI représente surtout des Chiites et le PDK les Kurdes, or, Kassem est prisonnier des officiers sunnites et des vieux réseaux hérités des Ottomans.

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Qui sont les kurdes ?

                Les montagnes du nord de l’Irak sont peuplées de kurdes.

Souvent sunnites, ils ne se considèrent pas comme des arabes et refusent dès les années 1920 à aujourd’hui d’être absorbés dans un Irak arabe.

                En interne les populations kurdes sont très divisées : au niveau linguistique, deux dialectes sont pratiqués : le sorani (qui s’écrit avec l’alphabet arabe et qui domine la région de Sylaymaniyya) et le kourmandji (qui s’écrit avec l’alphabet latin comme le turc).

                Autre fracture : le clanisme. Solidaires face aux agressions extérieures, les clans kurdes se font une guerre larvée depuis des milliers d’années. Regroupant plusieurs familles (parfois elles-mêmes rivales) ces clans encadrent la population dans la vie montagnarde rude.

                Plus ou moins autonomes jusqu’au XIX°s les Kurdes finissent par être intégrés à l’empire ottoman, mais dans leur montagne ils restent seuls et relativement libres.

                Comme la société arabe la société kurde est avant tout clanique et donc patriarcale, c'est-à-dire organisée autour d’un chef de clan (âghâ) parfois renforcé par des pouvoirs religieux (sayyid), les Kurdes étant aussi ouverts à l’islam soufie.

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Pourtant dès 1958 Kassem décide rejeter le nationalisme arabe voulu par Nasser. Réalisant que l’Irak n’est pas un pays entièrement arabe il traduit en justice des chefs nationalistes arabes et fait des gestes en direction de ses alliés : la langue kurde est légalisée, Barzani revient d’exil. Dès 1959 seules les milices du PCI et du PDK sauve Kassem d’un premier coup d’Etat militaire.

La même année ses alliés s’en prennent violement aux Turkmènes dans la ville de Kirkouk où ils sont très implantés.

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Qui sont les Turkmènes ?

Seulement 300 000 aujourd’hui, ils parlent une langue dérivée du turc et se sont implantés dans le nord de l’Irak au XI°s. Par la suite les Ottomans les ont chargés de surveiller les Kurdes, d’où une opposition séculaire. A 60 % sunnites et 40 % chiites ils ont toujours soutenu le pouvoir politique le moins favorable aux Kurdes 

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Dès cette période une majorité d’officiers redoutent l’influence montante des Kurdes et des Communistes qui commencent à infiltrer les troupes.

            Suite aux massacres de Turkmènes à Kirkouk Kassem décide prendre ses distances avec le PDK et favorise ouvertement des clans kurdes hostiles à Barzani. En 1959 toujours un jeune militant baasiste, S. Hussein, tente sans succès d’assassiner Kassem à Bagdad il s’enfuit en Egypte[7] alors violement opposée à Kassem qui refuse toute intégration à la République Arabie Unie égypto-syrienne. Il savait pertinemment que Chiites et Kurdes d’Irak se sentiraient une fois de plus en minorité dans un ensemble arabe très majoritairement sunnite.

            Redoutant ses opposants nationalistes arabes mais aussi ses « alliés » pour le moins encombrants Kassem tente de miser sur l’armée en tant qu’institution renouant ainsi avec les tentatives de la monarchie de faire de l’institution militaire l’incarnation de la nation : augmentation de budget, mesures symboliques, rien n’est trop beau pour rallier les officiers au chef de l’Etat.

            Moins de deux ans après sa prise de fonction Kassem se retourne contre le PDK et le PCI qu’ils refusent de légaliser. En 1961 Barzani déclenche une nouvelle rébellion au Nord et le PCI mobilise de plus en plus la rue chiite (au sud comme dans les grandes villes) contre le général.

            En 1961, cherchant à faire l’unité autour de lui Kassem affirme que le Koweït tout juste indépendant est irakien. Les Britanniques avaient en effet détaché ce territoire de la région ottomane de Bassora avant de créer l’Irak. La guerre est évitée de justesse.

            En porte-à-faux politique Kassem n’arrive même pas à nationaliser le pétrole irakien alors même que la réforme agraire de 1958 est inaboutie vu les fortes résistances locales des grands propriétaires terriens. Quant à l’industrialisation elle ne démarrera que plus tard. Si la révolution républicaine de 1958 a éliminé une élite au service des Britanniques, elle a aussi décuplé les forces centrifuges et confessionnelles : deux pôles s’opposent désormais, d’un côté les nationalistes arabes (Nassériens et Baasistes) qui souhaitent arrimer l’Irak au monde arabe très largement sunnite, et, de l’autre côté on a des forces politiques qui cherchent à desserrer la domination traditionnelle des élites sunnites, c'est-à-dire le PCI populaire chez les chiites et le PDK pour les Kurdes.

Ainsi pour les élites de Bagdad le nationalisme arabe est avant tout un nouvel outil pour s’affirmer dans le pays et rester aux commandes comme sous les Ottomans ou les Britanniques.

Assez vite c’est le parti Baas qui va monopoliser en Irak le nationalisme arabe.

Fondé dans les années 1930 par des intellectuels comme M. Aflak ou Z. Arsouzi le Baas milite pour une renaissance de la nation arabe.

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Qu’est ce que le parti Baas ?

Parti Baas : « renaissance » en arabe fondé en 1947 par le chrétien syrien Michel Aflak qui considère que les arabes doivent s’unir en un seul Etat qui reposerait sur le socialisme, la modernité et une certaine laïcité. Le slogan est unité (dans un seul Etat), liberté (vis-à-vis des Occidentaux) et socialisme (contrôle de la grande propriété par l’Etat et non des banques occidentales pour des chefs féodaux). Le parti Baas prend le pouvoir en Syrie et en Irak. source : http://www.kenanah.com 

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En Irak le Baas est fondé en 1952 par un chiite aidé par des militants syriens. Sous Kassem les Chiites sont assez bien représentés dans le parti, presque autant que dans le PCI.

Le 8 février 1963 un coup d’Etat d’officiers du parti Baas contre Kassem réussit. Le général est assassiné et des commandos du Baas s’en prennent immédiatement aux militants communistes.

Les nouveaux maîtres de l’Irak représentent les grands propriétaires et les Sunnites redoutant la force du PCI et les Chiites.

Le Baas s’impose

            Le coup d’Etat du 8 février 1963 est très violent : la « garde nationale » du parti Baas s’en prend directement au PCI. Même animé par des militants chiites, ce bras armé du Baas ne manque pas de mélanger slogans anti communistes et anti chiites.

            Ces excès poussent le général Aref a renversé le pouvoir baasiste et à imposer un nouveau pouvoir qui se réclame du nationalisme arabe mais qui reste sourd à l’Egypte de Nasser. En novembre 1963 un régime militaire à la fois anti-baasiste et anti-communiste s’installe sans véritable base sinon des secteurs conservateurs de l’armée.

            En 1966 le général Aref se tue dans un accident d’hélicoptère, son frère le remplace et mène la même politique.

            A partir de 1963 les chiites sont de moins en moins nombreux dans le parti Baas. Dès le coup d’Etat d’Aref les militants chiites du Baas étaient plus touchés que les autres par la répression. Plus le temps passe et plus les cadres du Baas sont des officiers sunnites.

            A cette période, face au recul du PCI les religieux chiites tentent de revenir sur le devant de la scène, le jeune M. Baqer al-Sadr cherche à remplir le vide laissé par les échecs du PCI. Il publie quantité d’ouvrages islamistes qui tendent à démontrer que l’islam seul peut répondre aux défis du pays. Il seconde alors l’ayatollah al-Hakim.

            En 1964  le jeune R. Khomeyni débarque à Nadjaf et travaille avec Sadr afin de théoriser la participation au pouvoir des religieux chiites. Cette mouvance de religieux désireux de se mêler de politique débouche sur la création en 1957 du premier parti islamo-chiite d’Irak : al-Dawa.

Malgré un discours progressiste et des divisions politiques, les forces politiques irakiennes tendent à se confessionnaliser après la chute de Kassem : le Baas devient vite de plus en plus sunnite avant de se mettre au service du clan des Tikriti et les Chiites, déçus par l’échec du PCI, se tournent vers des religieux et des partis qui mêlent chiisme et politique. Malgré un discours progressiste et des divisions politiques, les forces politiques irakiennes tendent à se confessionnaliser après la chute de Kassem : le Baas devient vite de plus en plus sunnite avant de se mettre au service du clan des Tikriti et les Chiites, déçus par l’échec du PCI, se tournent vers des religieux tentés par la politique.

            Le 17 juillet 1968 le général Hassan al-Bakr renverse le second frère Aref, S. Hussein est son bras droit. Le coup d’Etat est mené par des officiers baasistes alliés au clan des tikriti.

            Fragile le nouveau pouvoir cherche à gagner du temps et négocie avec le PDK et les PCI : le 11 mars 1970 un statut d’autonomie pour les Kurdes est décidé. Communistes et Kurdes signent une « charte nationale ».

            En 1972 l’horizon se dégage pour le nouveau pouvoir puisqu’un accord de coopération avec l’URSS est signé et que le pétrole est enfin nationalisé. Le premier choc pétrolier de 1973 va ensuite considérablement enrichir l’Irak.

            Concrètement peu concerné par les guerres israélo-arabes l’Irak va tout de même prendre la tête des pays les plus hostiles au dialogue avec Israël. L’anti-sionisme récurrent de S. Hussein sera une stratégie visant à faire l’union derrière lui contre un ennemi lointain et tardivement menaçant[8].

            En contradiction avec l’accord de 1970 Bagdad impose une « autonomie » aux Kurdes qui les exclue de la ville pétrolière de Kirkouk, le PDK reprend immédiatement les armes avec le soutien matériel de l’Iran. En 1974 le PDK doit supporter la création de l’Union Patriotique du Kurdistan (UPK) d’un autre clan kurde les Talabani. En 1975 S. Hussein signe avec l’Iran un accord frontalier en échange de la neutralité de Téhéran dans la rébellion kurde. Sans soutien le PDK s’effondre et M. Barzani doit fuir l’Irak.

            Débarrassé du PDK S. Hussein peut se tourner contre le PCI en 1976.

S. Hussein s’impose au Baas

S. Hussein s’imposera complètement en 1979, la même année où la « révolution islamique » renverse le pouvoir pro-occidental du shah en Iran. Une nouvelle période s’ouvre pour le Moyen-Orient.

La réussite de 1979 sera longuement préparée.

On voit comment le Baas s’est métamorphosé en outil au service des officiers sunnites et ensuite comment ce groupe militaire à forte dominante clanique a été épuré au point de devenir un groupe rassemblant uniquement les partisans de S. Hussein.

L’étude de cette période cruciale montre comment S. Hussein a systématiquement travaillé à deux objectifs au sein du Baas : éliminer les militants non sunnites et éliminer tous ceux qui ne sont pas fidèles à sa personne. Ainsi le fondateur chiite du Baas irakien, Fouad al-Rikabi est-il écarté puis tué sur ordre de S. Hussein. Quantité d’autres officiers, militants et responsables politiques, y compris des tikritis, sont écartés, exilé et très souvent tués en Irak ou ailleurs.

Dès le milieu des années 60 S. Hussein organise au sein du Baas un système de surveillance et de sécurité qui lui permet de savoir qui est susceptible de le servir. Il s’appuie dès lors sur ses réseaux familiaux, les tribus de la région de Tikrit et soutiendra al-Bakr avant de prendre sa place à la présidence en 1979. A la fin des années 1970 le système de S. Hussein est en place : le Baas n’est plus qu’un outil au service de son pouvoir personnel. S. Hussein est avant tout un autocrate qui s’est construit un pouvoir à la manière de J. Staline.     Purges, menaces et surtout pétrodollars permettent au système de fonctionner un certain temps. D’autant plus que S. Hussein échappe à plusieurs complots comme en 1973 où des militaires sont très hostiles au compromis avec le PCI ce qui explique le caractère implacable de son pouvoir finalement très fragile et soumis à des contradictions internes et externes.

Avant même de se hisser à la magistrature suprême il a utilisé le Baas afin de formater l’armée en éliminant tous les officiers indépendants, les autres sont tous flanqués d’un commissaire politique. Là aussi on retrouve le modèle stalinien d’un parti au service d’un tyran qui contrôle très étroitement l’armée. En 1976 S. Hussein qui n’a suivit aucune formation militaire se fait nommer général, l’année précédente le Baas interdit d’utiliser le troisième nom (référence locale ou tribale), une façon de masquer le nombre de tikriti aux postes à responsabilités.

L’argent du pétrole qui se déverse sur l’Irak[9] permet d’acheter aussi de multiples fidélités, surtout dans l’armée qui s’équipe de nouvelles armes soviétiques et françaises.

Cette manne permet de financer l’industrialisation : métallurgie, raffinage, barrages changent le quotidien des irakiens dont le niveau de vie augmente. Comme Kassem et ses successeurs, S. Hussein est assez sensible à la modernité matérielle du pays. Il impose des campagnes d’alphabétisation, des programmes sociaux et une relative émancipation de la femme qui accède à des emplois qualifiés. L’émergence d’une classe moyenne urbaine employée par l’Etat stabilisera quelque peu le pouvoir du Baas. 

L’agriculture reste le point faible de l’Irak.

Malgré la volonté de généraliser la réforme agraire débutée en 1958, la production stagne même si elle est l’une des plus importantes de la région. En effet la géographie et l’hydrographie de l’Irak permettent plusieurs types de cultures et un élevage non négligeable, mais la mise ne place de grandes coopératives à la place des grandes propriétés féodales n’améliore pas les rendements et en 1975 l’Irak importe les deux tiers des produits alimentaires consommés. Ces mauvaises performances agricoles sont une conséquence de l’énormité des revenus pétroliers pas toujours très bien utilisés. Si l’argent du pétrole et son utilisation dans des programmes qui bénéficient à une grande partie de la population peut aider à comprendre la durée du pouvoir de S. Hussein, il faut bien comprendre qu’il doit sa longévité à une stratégie de prise de pouvoir lente qui débute dans le Baas, à l’ombre de son parent al-Bakr et ensuite s’impose à tout le pays à coups de purges et autres violences.

En effet, minoritaires, les Sunnites n’ont toujours tenu les postes politiques que grâce à la violence et à des alliances extérieures : avec les Turcs, les Britanniques ou encore en cherchant à se fondre dans un ensemble « arabe » pour noyer Kurdes et Chiites dans une majorité sunnite. Depuis les années 70 jusqu’à la fin de S. Hussein le nationalisme arabe a été un discours universaliste et progressiste par certains côtés mais aussi une façon de masquer le pouvoir d’une minorité de clans[10].

S. Hussein, sorti de quelques réalisations modernes et positives, a cherché avant tout à mettre l’Etat et ses outils au service de son pouvoir. L’Etat est donc entré en guerre contre sa propre population.

S. Hussein s’est toujours appuyé sur son clan, les bejat et sur sa tribu les albou-Nasir (et sur la tribu cousine des al-Majid) très influente dans la région de Tikrit. En interne S. Hussein se comporte aussi en chef incontesté, bien des membres de sa famille ont du subir ses foudres[11].

En externe la lutte pour le pouvoir et ensuite pour s’y maintenir a été implacable. Considérant ses adversaires avant tout comme des chefs de clans, S. Hussein a pris soin d’éliminer le clan entier. Notons que ses adversaires ont agit de la sorte quand ils en avaient l’occasion.    Ainsi le système de S. Hussein se condamne lui-même à être en perpétuelle guerre contre les rivaux supposés ou réels du président. Conditionné par la violence qui l’a porté au sommet, le pouvoir va utiliser continuellement cette même violence pour s’y maintenir, quitte à vouloir exporter les contradictions de l’Irak en lançant son armée très bien équipée contre les pays voisins. La guerre Iran / Irak qui durera huit ans a ses origines dans le face-à-face de plus en plus violent entre S. Hussein et la hiérarchie religieuse chiite.

Dès 1969 l’ayatollah al-Hakim refuse de désavouer l’Iran dans un contentieux frontalier. Al-Bakr décide de priver les religieux de leurs revenus et autres institutions dans les villes saintes chiites. Rapidement à Bagdad la haine anti « perse » se déchaîne dans des libelles écrits par l’entourage même du président. Toujours en 1969 des milliers de kurdes chiites sont expulsés vers l’Iran. Certains quartiers de Bagdad sont vidés de leurs habitants « perses ». Pour réagir aux manifestations populaires hostiles le gouvernement confisque les biens du clergé chiite.

            En 1970 l’ayatollah al-Hakim décède. Ses funérailles se transforment en manifestation hostile au régime. C’est désormais les ayatollahs al Khoï et al Sadr qui vont diriger les chiites religieux contre Bagdad.

            Que faut-il retenir de l’accusation d’iranité contre les chiites irakiens ?

            A dire vrai les chiites irakiens sont partagés en plusieurs tendances dont une, les safavides, penche réellement vers l’Iran. Les frontières à l’époque des ottomans n’étant pas très cohérentes il y a eu en Irak des populations persophones. L’ayatollah al Khoï est lui-même iranien comme l’ayatollah Sistani aujourd’hui.

Comme les multiples et féodales révoltes kurdes certains chiites irakiens furent réellement partagés entre l’Irak et l’Iran. Mais il est certain que la réaction de S. Hussein a davantage poussé les chiites vers des partis pro-iraniens que l’inverse.

De 1969 à 1979 la tension ne cesse de monter : en 1974 cinq religieux chiites sont exécutés, en 1977 une procession chiite est visée par des tirs de l’armée, en 1979 al Sadr est arrêté après avoir interdit aux musulmans d’adhérer au Baas et rendu licite la résistance violente aux persécutions. Alors que S. Hussein remplace al Bakr le 16 juillet 1979 les arrestations et exécutions de religieux chiites se multiplient.

S. Hussein au pouvoir et la guerre contre l’Iran

Alors que S. Hussein avait lentement imposé le parti Baas à l’armée avant d’imposer ses hommes au parti il doit, dès son coup d’Etat, mettre en œuvre une des purges les plus féroces qu’est connue les élites irakiennes : un tiers des membres du Conseil de Commandement de la Révolution[12] est éliminé et vingt et un membres de la direction du parti sont arrêtés et exécutés. Vis-à-vis des Chiites la même politique est employée : al Sadr et sa sœur sont exécutés en 1980 en réaction à un attentat manqué contre T. Aziz, fidèle parmi les fidèles de S. Hussein.

A la fin du mois de septembre 1980 les troupes irakiennes franchissent la frontière et envahissent l’Iran au sujet du contentieux frontalier jamais réellement réglé. S. Hussein a plusieurs raisons pour attaquer l’Iran : couper les rebelles chiites de leurs soutiens iraniens, agrandir le débouché maritime du pays et souder la population autour de lui. De plus, l’Irak prétend libérer des iraniens arabophones vivant en Iran.

Face à une armée iranienne désorganisée par la révolution et grâce à une puissance de feu importante l’Irak parvient à s’imposer quelques semaines, mais l’Iran mobilise toutes ses forces et surtout des milliers de volontaires envoyés au martyr pour défendre à la fois leur pays et leur révolution. S. Hussein bénéficie du soutien de l’immense majorité des pays arabes (à l’exception de la Syrie) et de l’Occident ravi de trouver un volontaire pour contenir voir étrangler une révolution qui échappe totalement aux Etats-Unis comme à l’URSS.

Si les troupes chiites irakiennes restent fidèles à S. Hussein, les iraniens parviennent à rentrer en Irak en 1982, sentant la situation devenir critique S. Hussein se fait livrer des armes chimiques et les utilise sans retenue afin d’éviter la défaite. Il réitère l’utilisation de ces armes de destruction massive en 1988 à Halabja, au Kurdistan, contre des Kurdes qui profitaient de la guerre pour poursuivre leur soulèvement. A cette époque la « communauté internationale » ne proteste nullement contre l’utilisation d’armes interdites. L’ennemi est alors la révolution iranienne[13]. Quelques semaines plus tard un cessez-le-feu intervient et les deux pays acceptent le statu quo des frontières. Les bilans varient mais le chiffre d’un million de victimes semble crédible.

Ruiné, d’un seul coup peu soutenu par ses voisins arabes l’Irak se retrouve face à ses contradictions internes avec une dette de guerre évaluée à plus de 80 milliards de dollars.

Malgré les demandes irakiennes les gros producteurs de la région refusent de réduire leur production ce qui entraîne un faible prix du pétrole. Bagdad accuse même le Koweït de forer sous la frontière entre les deux pays.

Après une entrevue avec l’ambassadrice américaine[14] en Irak S. Hussein se résout à envahir son minuscule voisin le 2 août 1990 ce qui fait voler en éclats l’alliance tacite entre l’Occident et l’Irak.

L’Irak face aux Etats-Unis

Tout au long des années 1970 S. Hussein, alors numéro 2 du régime avait été très bien vu des pays du bloc de l’ouest, malgré son soutien à la cause palestinienne il apparaissait comme celui qui avait brisé le parti communiste le plus puissant du Moyen-Orient et avait aussi acheté quantité d’armes aux Britanniques comme aux Français.

Dans les années 80 l’Irak était devenu un marché très important pour l’Europe, la France était même devenu le partenaire privilégié de Bagdad. De plus, la guerre contre l’Iran donnait à l’Europe l’occasion de vendre quantité de produits aux irakiens.

            En envahissant le Koweït S. Hussein n’est plus l’ami de l’Occident mais celui qui pourrait contrôler jusqu’à 20 % des réserves de pétrole mondiales.

Accusant l’Irak de vouloir envahir l’Arabie Saoudite les Etats-Unis envoient sur plus place presque 500 000 hommes et sont épaulés par des dizaines de pays. Outre le contrôle des puits de pétrole les plus faciles à exploiter dans le monde il s‘agit pour Washington de s’imposer comme la seule puissance mondiale. En effet à cette époque l’URSS est déjà moribonde et l’Europe est encore intégralement en accord avec la puissance américaine. L’ONU décrète un embargo très sévère contre l’Irak.

            Le 17 janvier 1991 des bombardements très violents touchent le Koweït et l’Irak, l’Irak se défend très mal faute de moyens techniques suffisants. Quelques missiles SCUD touchent l’Arabie Saoudite et Israël mais sans réelle efficacité militaire.

Le 26 janvier l’attaque au sol débute : des centaines de blindés prennent les troupes irakiennes à revers. En pleine débâcle les troupes irakiennes qui fuient le Koweït sont cruellement bombardées sur « l’autoroute de la mort » afin de montrer au monde entier la puissance de feu américaine.

Les soldats irakiens chiites qui refluent en désordre dans les villes du sud de l’Irak débutent la révolte qui se généralise vite à tout le sud du pays malgré une désorganisation totale et une grande confusion. En effet aucune direction politique n’émerge. Repliés en Iran les partis islamistes chiites restent prudents et seul le vieil ayatollah al Khoï tente de coordonner sans succès cette intifada.

Habitués à se révolter les Kurdes font de même au nord.

Fin avril S. Hussein ne contrôle plus que le centre sunnite du pays. C’est alors que les Américains et leurs alliés, contre toute attente, laissent les dernières troupes de S. Hussein réprimer le soulèvement. Avec une rare violence la Garde Républicaine attaque le nord et le sud et s’impose au prix de milliers de morts.

Il faut noter aussi que face à cette double révolte du nord et du sud, des minorités vont se joindre aux derniers fidèles du maître de Bagdad. C’est le cas des Turkmènes qui ne veulent à aucun prix de retrouver face aux Kurdes. Quant aux 3 % de Chrétiens irakiens ils subissent la même dictature que leurs compatriotes mais bénéficient d’une totale liberté de culte.

Pourquoi avoir laissé S. Hussein survivre à cette rébellion pourtant appelée par le président Bush en personne ? Un S. Hussein faible et sous contrôle rendait plus de services qu’un autre régime. Sans S. Hussein les Kurdes auraient sans doute proclamer leur indépendance ce qui aurait gêner la Turquie pays musulman le plus proche des Etats-Unis (membre de l’OTAN), majoritaires les chiites auraient probablement fait une révolution islamique comme en Iran, quant aux pays sunnites voisins ils souhaitaient voir des Sunnites rester en place à Bagdad.

De plus, sur demandes des Etats-Unis l’ONU a complètement mis le pays sous tutelle : un embargo a ruiné le pays et privé S. Hussein de ses revenus pétroliers, les armes de destruction massive ont été détruites.

Une fois que les troupes de S. Hussein ont repris le contrôle du pays et afin de garder un Irak faible les Etats-Unis ont imposé deux zones d’exclusions aériennes au nord et au sud du pays, la zone kurde devenant de fait autonome[15].

Ainsi de 1990 à 2003 l’Irak fut soumis à un embargo terriblement sévère qui priva la population d’un accès au soin relativement correct avant la guerre : la mortalité infantile décupla et la société régressa à cause de la déliquescence de l’Etat.

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Les conséquences de l’embargo

L’UNICEF et bien d’autres agences internationales publièrent assez vite des chiffres épouvantables sur le conséquences de l’embargo : plus d’un million de morts supplémentaires en 10 ans dont 500 000 enfants. La mortalité infantile a triplé. Le taux de malnutrition a augmenté de 210 %. Les bombardements de 1991 ont ravagé le système de distribution des eaux et l’embargo a interdit toute importation de matériel de rechange. De même l’achat de matériel médical est devenu impossible. Certaines armes utilisées en 1991 (munitions à uranium appauvri) ont entraîné des cancers dans les zones où elles ont été utilisées.

Avant la guerre l’Irak avait des indices de développement comparables à ceux du Portugal. Le PIB était de plus de 4000 dollars par habitant, en 2003 il s’effondrera à environ 300 dollars… Les classes moyennes issues du boom pétrolier des années 70 furent laminées par les sanctions.

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En 1995 l’ONU propose à l’Irak le programme « pétrole contre nourriture » : l’Irak peut vendre une partie de son pétrole en échange de produits alimentaires[16]. En 1998 le président Clinton ordonne des bombardements massifs contre Bagdad sans véritables raisons.

L’Irak de l’embargo régresse : la société qui s’était modernisée plonge dans un marasme et des problèmes dignes des pays les plus pauvres de monde.

Le pouvoir de S. Hussein avant l’invasion de 2003

L’Irak des années 1991-2003 reste plus que jamais un pays à la merci de la tyrannie d’un seul homme : S. Hussein. Pour contrôler un pays où ses partisans ont toujours été minoritaires il s’appuit sur des réseaux polico-tribaux qui joueront plus tard un grand rôle dans la résistance aux occupants.

Ces réseaux regroupent des personnalités natives de la région de Tikrit, située non loin du lieu de naissance de S. Hussein.

Sous la monarchie cette zone s’est appauvrie et quantité de jeunes hommes sont arrivés à Bagdad sans grandes perspectives, c’est alors qu’ils se sont engagés dans l’armée. Des années 1960 date l’émergence de réseaux d’amis et de relations sur une base régionale : les tikritis (ceux originaires de la région de Tikrit) se sont alors mutuellement épaulés sur fond de méfiance vis-à-vis de l’Etat et de ses tuteurs britanniques. Plusieurs tribus vivent dans cette région, S. Hussein s’est appuyé sur plusieurs d’entre elles en plus de la sienne.

            C’est cette coalition de réseaux sunnites de Tikrit qui porta au pouvoir le parent de S. Hussein le général al Bakr en 1968.

            Ensuite, dans l’ombre du général et en tissant des réseaux dans l’armée et le parti Baas, S. Hussein s’est appuyé sur trois tribus : sa tribu, les albou Nassir, la tribu des al majid (de son père) et celle de sa mère les khayrallah tulfah.

            Une fois porté au pouvoir à partir de 1979 S. Hussein décida de continuer à s’appuyer sur ces fidélités claniques. Bien que ses parents furent toujours en minorité dans les organes officiels du gouvernement[17] S. Hussein a nommé aux postes importants des gens issus essentiellement de deux tribus : des khayrallah tulfah et des al majid, ses deux tribus familiales.

            Cette réalité politique et surtout les années d’embargo vont entraîner trois réseaux rivaux autour de S. Hussein : Tout d’abord, le réseaux le plus visible est celui de ses fils : Oudaï et Koussaï qui seront les deux responsables de la défense de l’Irak en 2003. Leur mère est Sajida, une cousine maternelle de S. Hussein.

            L’aîné, Oudaï cumulera 29 postes officiels et gérera des media, des entreprises, le comité olympique irakien, etc. En 1994 il fondera la milice des Fedayin de Saddam qui armera les jeunes de la région de Tikrit. Il a la haute main sur différentes activités économiques et traîne derrière lui une réputation haute en couleur[18].

Comme son père Oudaï a été marié une première fois avec une parente : la fille du demi-frère de S. Hussein et ensuite avec la fille de Izzat al-Dori, un fidèle compagnon du président.

Il semble avoir été le dauphin officieux de son père, mais plusieurs différends[19] ont brouillé les deux hommes. Malgré une solidarité familiale face à l’invasion de 2003 Oudaï n’avait plus l’importance qu’il avait au début des années 1990. En 1996 il est grièvement blessé par un attentat non revendiqué. Plus jeune et plus discret Koussaï avait pris du galon dans les instances du Baas.

Le second réseau de pouvoir autour du président est celui de ses trois demi-frères : les fils que la mère de S. Hussein a eu lors de son second mariage : Watban, Sab’ami et Barzan al Tikriti ont toujours eu des postes importants avant de devenir entre deux nominations « conseiller du président ».

Le troisième clan est celui dit des « gendres » : des hommes de la tribu des al majid qui ont épousé des filles de S. Hussein : Hussein Kamel et Saddam Kamel seront longtemps les étoiles montantes des al majid autour du président. Ils superviseront les industries militaires et seront en concurrence directe avec les fils de S. Hussein. Ali Hassan al Majid sera le troisième homme de cette coterie. Il est marié avec une fille du général Hassan al Bakr et se rendra célèbre pour avoir dirigé les bombardements chimiques de 1988 au Kurdistan[20].            Ce réseau était en profond déclin en 2003 à cause de la défection spectaculaire de Hussein Kamel et Saddam Kamel. En effet le 8 août 1995 ils parviennent à fuir en Jordanie d’où ils appellent au renversement du régime ! Rien de moins. Après de ténébreuses tractations ils rentrent en Irak et sont assassinés par les membres de leur propre tribu suite à l’appel publique de Ali Hassan al Majid. Une façon pour les al majid de ne pas devenir collectivement suspects aux yeux de S. Hussein.

Autour de ces trois groupes rivaux et complémentaires gravitent des personnalités qui travaillent avec le président depuis des décennies. Sans réel réseau derrière eux, ces personnages n’en sont pas moins importants :

Le premier d’entre eux est Izzat al Dori. Il fut longtemps le vice-président du CCR et, comme son nom l’indique, est originaire de la ville de Dor située non loin de Samarra[21]. Après l’invasion de 2003 il n’est pas capturé et dirige le parti Baas clandestin avant d’être donné pour mort mais sans aucune certitude.

Tahar Yassine Ramadan est originaire de Mossoul. Il sera vice-président et fondateur de « l’armée du peuple » une milice du régime[22].

Tarek Aziz est le seul chrétien parmi les compagnons de S. Hussein. Il sera longtemps le chef de la diplomatie irakienne. Il s’est rendu en 2003 et reste détenu depuis sans que l’on qu’aucune charge n’est jamais été retenue contre lui.

Ces hommes et plusieurs autres, dont quelques kurdes et chiites, ont tous participé à la prise du pouvoir de S. Hussein en 1979. Ils ont aidé leur ami à s’imposer définitivement au Baas en éliminant un tiers des dirigeants du parti le 22 juillet 1979. Dès cette période S. Hussein est le seul survivant des baasistes ayant pris le pouvoir en 1968. Un autre parallèle avec J. Staline.

Officiellement les organes gouvernementaux n’ont pas beaucoup de membres affiliés à S. Hussein : le gouvernement, le Conseil de Commandement de la Révolution ou le Conseil Régional du Baas n’ont que quelques parents du président, mais comme le réel pouvoir est concentré dans les mains d’un seul homme on peut se demander si cette apparente pluralité a un sens.

Même constat pour l’armée régulière : entre la création de milices supplétives et l’efficacité des régiments spéciaux (comme la Garde Républicaine) l’armée irakienne n’est plus qu’une coquille démoralisée par les guerres perdues. S. Hussein n’a eu de cesse d’éliminer des officiers trop indépendants ou trop populaires[23]. Ainsi quand le jeune Adnan Khayrallah Tulfah (affilié à la branche maternelle de S. Hussein) s’illustre dans la guerre contre l’Iran il meurt dans accident d’hélicoptère en 1989. Certains avancent l’idée d’un assassinat.

            Malgré l’équipement moderne reçu dans les années 80 l’armée fut incapable de s’imposer face au zèle des iraniens. Plus de 100 000 soldats désertèrent et des dizaines d’officiers furent révoqués ou exécutés quand la Garde Républicaine envahit le Koweït. Redoutant des fuites le président n’avait pas jugé bon d’informer son propre état-major !

            Face aux révoltes de 1991, seule la Garde Républicaine évita l’écroulement du régime.

            Lui-même sans formation militaire S. Hussein se donna des hauts grades et veilla à ce que l’armée reste sous la surveillance d’un civil, chaque officier étant surveillé par un baasiste. Après 1988 quatre chefs d’Etat-major sur cinq furent un parent de S. Hussein. Depuis 1968 tous les ministres de la défense (sauf un) furent des membres de la tribu de S. Hussein. Parmi les officiers de hauts rangs un seul est chiite.

            L’émergence de milices après la guerre de 1991 répondait à plusieurs impératifs : ne pas dépendre uniquement de la Garde Républicaine ou de l’armée et aussi préparer une éventuelle invasion de l’Irak par les Etats-Unis. La Garde Républicaine quant à elle dû partager son rôle de garde prétorienne avec les « Forces Spéciales de Sécurité » dont le rôle était de surveiller la capitale. Par souci de cohérence et de fidélité la Garde Républicaine recruta généralement des Dulayn, une tribu de la région de Tikrit.


[1] Des centaines d’Egyptiens périront dans les travaux

[2] de 1905 à 1911 la bourgeoisie la plus éclairée en Iran impose une constitution et un parlement

[3] les « Jeunes Turcs » sont un mouvement d’idée destiné à réformer et moderniser l’empire ottoman. Né à la fin du XIX°s certains militants devinrent pourtant les architectes du génocide arménien (1905).

[4] En Europe comme au Moyen-Orient des potentats locaux musulmans ou chrétiens tentent d’arracher plus d’autonomie à l’empire, agitation dont profitent Anglais, Français et Russes…

[5] Fayçal, frère de Abdallah et fils de Hussein Ibn Ali (chérif de La Mecque, allié des Anglais contre les Turcs), dynastie Hachémite encore au pouvoir en Jordanie.

[6] En 1933 un projet de loi propose même d’interdire tout déménagement aux paysans pauvres tant qu’ils n’ont pas remboursé leurs dettes au propriétaire.

[7] Les services secrets de Nasser s’aperçoivent que le jeune S. Hussein fréquente alors l’ambassade US au Caire.

[8] En 1980, en toute illégalité, Israël bombardera la centrale nucléaire Osirak vendu par la France à Bagdad.

[9] De 1973 à 1980 les revenus pétroliers sont multipliés par 14.

[10] Même constat en Syrie.

[11] En 1995 deux proches de S. Hussein fuient en Jordanie. Le général Hussein Kamel Hassan appelle même à la rébellion. Quelques mois plus tard ils rentrent en Irak contre la promesse d’un pardon du président. Ils sont liquidés par leur tribu. Par ailleurs, plusieurs officiers originaires de Tikrit ont été éliminés par S. Hussein dans les années 1970.

[12] Plus haute institution dirigeante du pays

[13] Un bateau de guerre américain se permet même d’abattre un Airbus A300 iranien tuant les 290 passagers. Le président Reagan approuvera l’action et décorera les marins.

[14] Cette dernière précise que les problèmes entre l’Irak et son voisin doivent se régler entre eux ou dans le cadre d’un accord régional… Nulle menace n’est proférée.

[15] En 1992 une courte guerre fratricide opposa PDK et UPK (bilan : 500 morts)

[16] Bagdad profite de cette relative ouverture pour récupérer des millions de dollars afin de préparer la future guerre. Des sommes d’argent semblent aussi utilisées pour récompenser des hommes politiques occidentaux opposés à l’embargo.

[17] C’est le cas dans le Conseil de Commandement de la Révolution, CCR, qui est la plus haute instance dirigeante de l’Irak ou du Commandement Régional du Baas.

[18] Il est accusé d’être un débauché et un assassin de ses rivaux.

[19] Oudaï s’opposait en effet au virage religieux de l’Irak dans les 2000.

[20] D’où son surnom médiatique de « Ali le Chimique », condamné à mort en juin 2007.

[21] Samarra est située entre Tikrit et Bagdad.

[22] Jugé coupable dans le même « procès » que S. Hussein il a été pendu peu de temps après l’ex président.

[23] Là aussi le parallèle avec Staline est évident.

[24] Les relations sexuelles hors du mariage accepté par la tribu sont proscrites et peuvent entraîner la mise à mort de la « coupable », de même pour laver un affront la tribu peut se faire justice elle-même ou punir l’un des siens.

[25] Cette tendance est plus que jamais influente aujourd’hui en Irak. Deux partis politiques protégés par Téhéran représentent cette tendance : le parti al Dawa et le Conseil Suprême de la Révolution Islamique en Irak (CSRII).

[26] C’est le courant du jeune ayatollah Moqtada al Sadr, fils d’un ayatollah assassiné en 1999 par S. Hussein et qui avait toujours refusé de partir en Iran.

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