IRAK : SEPTIEME ANNEE D’OCCUPATION

par Lieven De Cauter * 

 

Les autorités s’apprêtent à accorder à des entreprises pétrolières multinationales (mais aussi européennes) des concessions pour vingt-cinq ans, alors qu’elles n’ont pas le mandat, et encore moins le pouvoir de le faire. Au lieu d’obtenir des dédommagements pour les énormes destructions infligées aux infrastructures du pays, et qui ont entraîné des milliards de dollars de pertes en revenus pétroliers, l’Irak continue à être mis à sac.

Un nettoyage ethnique à grande échelle est pratiqué contre les Turkmènes, les chrétiens, les Assyriens et les Shebak. Kirkuk est en voie de " kurdisation " par l’immigration massive et les colonisations illégales (d’inspiration israélienne). Et son Histoire est falsifiée. (…)

* Lieven De Cauter, philosophe belge, est un des initiateurs du Tribunal de Bruxelles

Source :

http://www.legrandsoir.info/spip.php?article8286

(extrait) : Selon la Croix Rouge, l’Irak est aujourd’hui un pays de veuves et d’orphelins : deux millions de veuves à la suite de l’embargo, de la guerre et de l’occupation, et cinq millions d’orphelins dont un grand nombre de sans abri (estimés à cinq cent mille). Près du tiers des enfants Irakiens souffre de malnutrition. Environ 70% des filles Irakiennes ne fréquentent pas l’école. Les services médicaux (les meilleurs de la région il n’y a pas si longtemps), se sont totalement dégradés : 75% du personnel médical ont perdu leur travail et la moitié a quitté le pays. Après six ans de "reconstruction " des services de santé en Irak, ils ne rencontrent toujours pas les standards minimaux.

À la suite de l’utilisation par les occupants de l’uranium appauvri dans leur armement, le nombre des cancers et des fausses couches a tragiquement augmenté. Selon un récent rapport d’Oxfam, la situation des femmes est des plus inquiétantes. Cette étude indique qu’en dépit des bulletins de presse optimistes, la situation des femmes empire. Les besoins essentiels ne sont pas satisfaits. L’accès à l’eau potable est problématique pour une large portion de la population, et le courant électrique n’est disponible que de trois à six heures par jour. Et cela se passe dans un pays qui fut il n’y a pas longtemps une nation d’ingénieurs. Quatre Irakiens sur dix vivent au-dessous du seuil de pauvreté, et le chômage atteint des proportions jamais égalées (28,1% de la population active). En plus des vingt-six prisons officielles, il existe plus de six-cents prisons secrètes. Selon l’Union des prisonniers politiques irakiens, plus de quatre cent mille Irakiens ont connu la détention depuis 2003, dont six mille enfants mineurs et dix mille femmes. La torture est pratiquée à grande échelle, et près de 87% des détenus ne sont toujours pas inculpés. La corruption est généralisée : Selon Transparency International Irak, après la Somalie et le Myanmar, l’Irak est le pays le plus corrompu du monde. Le périodique états-unien Foreign Affairs qualifie l’Irak d’" État en déroute ". Il est significatif qu’alors même que l’Irak possède les troisièmes plus importantes réserves pétrolières du monde, il est obligé d’importer massivement son pétrole raffiné.