Extrait du prochain livre de D. Gorteau, Comprendre la guerre en Irak.

Alors que l’islamisme a remplacé le communisme dans les cauchemars de l’Occident après 2001, il convient de répéter quelques généralités sur l’Islam, religion qui a généré des déviances intolérantes puis aujourd’hui carrément meurtrières.

Alors que l’Eglise catholique s’est constitué dès le Moyen Age en organisation pyramidale puissante et autoritaire[1], l’Islam n’a nullement généré de clergé omniscient et omnipotent. Si des « savants » et autres ayatollahs existent, jamais ces spécialistes du dogme n’ont eu l’influence et la puissance des légions du pape. Ainsi, l’islam a toujours été une religion de l’individu seul face à Dieu sans intermédiaires humains ou surnaturels. A priori pas de monopole de l’interprétation des textes sacrés.

Vis-à-vis des autres religions, alors que les Catholiques ont été très longtemps intolérants et violents vis-à-vis des Juifs « déicides » et autres « hérétiques » l’islam des textes a considéré Chrétiens et Juifs comme des « gens du Livre », c'est-à-dire des gens éclairés par les premières révélations divines, Mahomet n’étant que le dernier prophète. Ainsi de manière générale, des minorités juives et chrétiennes ont longtemps côtoyé (ou côtoient) des majorités islamiques dans des pays comme la Palestine, la Syrie ou l’Egypte. Les oppositions entre les communautés religieuses sont avant tout politiques.

Enfin, les actes du prophète Mahomet, accusé par certains de servir de modèle aux terroristes ne peuvent être catégoriquement et globalement rangés dans l’intolérance ou la bonté[2]. En effet, vivant dans une société structurellement violente, menacé une grande partie de sa vie et obligé de se défendre, le prophète de l’islam n’a recouru à la violence que pour se protéger et s’imposer comme chef politique et militaire. Ainsi le Coran a-t-il des passages très favorables aux Juifs (alliés de Mahomet à son arrivée à Médine) mais aussi des sourates hostiles aux mêmes juifs (ils menaceront Mahomet sur le point de s’imposer) préparant leur élimination comme force politique.

Comme quantité de chefs politiques en d’autres temps et en d’autres lieux, Mahomet fut animé d’idées plutôt avancées pour son époque et sa société mais dû recourir à la violence pour survivre puis pérenniser son pouvoir. Ainsi sur la question de la polygamie qui est un signe d’archaïsme et d’inégalités pour les islamophobes d’aujourd’hui, il faut rappeler que Mahomet limita à quatre le nombre d’épouses alors qu’avant lui il n’y avait aucune limitation. Le Coran précise même qu’en cas de risque d’injustice il ne faut en prendre qu’une (Coran 33.51).

Quant à la personnalité du prophète, volontiers accusée de propension à la violence ou à la lubricité[3], force est de constater qu’elle ne semble nullement plus déséquilibrée que celles des autres hommes de pouvoir. Jusqu’au bout Mahomet décida souverainement mais non sans avoir demandé avis à ses compagnons.

L’islam des origines n’est donc pas une religion plus violente ou plus intolérante que les autres monothéismes. Les croisades catholiques comme la lutte des Hébreux pour s’imposer à Canaan furent nettement plus impitoyables.

[1] totalitaire diront certains comme M. Onfray

[2] il existe peu de biographies de Mahomet, M. Rodinson (marxisant) et T. Ramadan (islamologue et musulman) ont écrit des biographies sérieuses sur le personnage.

[3] Mahomet eu en effet neuf épouses (et non quatre) dont la très jeune Aïcha âgée de 9 ans. Que faut-il en conclure ? La plupart des femmes choisies l’étaient pour des raisons politiques (alliances) et peu par passion semble-t-il. On est loin des harems des centaines de concubines des rois de cette époque.